Les catégories grammaticales en badwe’e

Keith Beavon (SIL-Cameroun)

Connaître un mot au fond exige d’un locuteur natif l’identification de la catégorie grammatical du mot. La plupart des mots à connaître à ce niveau sont les noms, les verbes et les idéophones. Un locuteur natif aura atteint un niveau de connaissance de sa langue moyen au point où il arrive à identifier les mots de ces trois catégories grammaticales.

Les idéophones

Pour qu’un mot soit un idéophone (id), il faut qu’il ne possède pas la possibilité d’être mis au négatif ou au pluriel.

Un mot tel que bɛmɨ [bɛ̀mɨ̂] “blanc” ne peut pas être au pluriel (*bɨ̂bɛmɨ). Il ne peut pas se trouver non plus au négatif (*abɛmɨ). Il peut suivre la préposition “dedans; à”.

Les verbes

Pour qu’un mot soit un verbe (v), il faut qu’il puisse être combiné au préfixe de la classe 15 qui le rend un infinitif. Notez le préfixe de la classe 15 dans l’exemple ci-dessus :

  1. e- (è-)    eto     “partir”

Le verbe peut aussi être au négatif-présent, comme dans le cas suivant :

  1. a- (à-)    ato     “sans partir”

Dans le lexique, un verbe se trouve à l’infinitif. Il se présente sous forme conventionnelle, suivi entre accolades ([…]) par les mêmes caractères avec les accents haut, descendant et grave pour indiquer les tons. Après cette notation semi linguistique, on ajoute l’abréviation (v), une définition, et une phrase qui démontre son usage correct. Cette phrase est traduite.

  1. eto [ètô]inf. v “partir” Mʉma we, nyi to peme. “Sa femme est partie au champ.”

Un verbe diffère d’un nom par le fait que le dernier ne peut pas être au négatif. Un nom de la classe 5, tel que eto [ètó] n. (5) “goutte”, ne peut pas être confondu aux verbes à l’infinitif, parce qu’il ne peut pas être au négatif.

Un verbe diffère d’un idéophone du fait que le verbe peut être à l’infinitif ou au négatif.

Les noms

Pour qu’un mot soit un nom (n), il faut qu’il appartienne à une classe grammaticale. Le nom déterminé régit le choix des préfixes qui apparaissent dans les déterminants à l’intérieur du syntagme nominal.

Après le nom, on présente son sens en français. S’il s’agit d’un nom dont on sait le nom scientifique, on l’ajoute en latin. Une phrase explicative n’est pas toujours nécessaire. Pour le lecteur du lectionnaire, il n’est pas utile d’inclure la forme plurielle d’un nom. Ceci est le cas dans le mot suivant, dont la forme singulière (bon n. (7/10) “colobe noir” Colobus satannas) diffère de la forme plurielle (mpon n.10 “colobe noirs” Colobus satannas).

  1. bon [bòn] n (7/10) colobe noir Colobus satannas

L’identification de la classe du nom est faite par les chiffres après la lettre « n ». Dans le cas suivant, le premier chiffre (5) indique que le mot est en classe 5 au singulier et le second chiffre (6) indique que le mot est en classe 6 au pluriel. L’ordre des chiffres est pertinent ; la classe du pluriel suit celle du singulier.

  1. eto [ètó] n (5/6) goutte

Un nom qui n’a ni singulier ni pluriel n’aura qu’un seul chiffre. Tel est le cas des noms qui se réfèrent aux qualités abstraites. Ils appartiennent souvent aux classes 9 ou 11.

  1. ojaa [òjàá] n (11)  beauté

Il y a d’autres noms qui se réfèrent aux choses qui ne sont pas dénombrables. Souvent, ils se trouvent dans les classes 6a ou 8.

  1. modibe [mòdíbé] n (6a)  eau

Celui qui contribuera éventuellement les mots au lexique futur doit nécessairement comprendre quelles sont les classes nominales pour sa langue et quelles sont les classes d’un nom donné au singulier et au pluriel.

Un nom au singulier peut se trouver aux classes 1, 1a, 3, 5, 7 ou 11. Les chiffres des classes des singuliers sont les nombres impairs.

  1. tir [tír] n (1)  “animal”
  2. mʉr [mʉr] n (1)  “personne”
  3. zwɨɨ [zwɨ́ɨ̀] n (1)  “hache”
  4. anya-ebum [ányâ-èbùm] n (1a)  “femme enceinte”
  5. mir [mǐr] n (3)  “remède”
  6. dʉ [dʉ̂] n (5)  “nez (sg.)”
  7. ebeŋe [èbèŋé] n (5)  “cloche”
  8. peme [pèmé] n (7)  “jardin; champ”
  9. odumo [òdùmò] n (11)  “bout”

Un nom au singulier peut aussi se trouver aux classes 4 ou 6. Les chiffres des classes des singuliers sont également les nombres pairs, mais les mots de ce type sont rares.

  1. mɨnkɨŋ n (4, 2-4)  “casserole en fer”
  2. modila n (6, 2-6)  “héritier”

Les noms au pluriel sont aux classes 2, 2a, 4, 6, 8 et 10. Les chiffres des classes des pluriels sont toujours les nombres pairs.

  1. otir [òtír] n (2)  “animaux”
  2. bʉr [bʉr] n (2)  “gens”
  3. baanya-ebum [bàányâ-èbùm] n (2a)  “femmes enceintes”
  4. mɨmir [mɨ̀mǐr] n (4)  “remèdes”
  5. mʉ [mʉ̂] n (6)  “nez (pl.)”
  6. mobeŋe [mòbèŋé] n (6)  “cloches”
  7. bɨpeme [bɨ̀pèmé] n (8)  “jardins; champs”
  8. mpumo [mpùmó] n (10)  “fruits”

Les verbes nominalisés sont de classe 15 à l’infinitif affirmatif, de classee 1a à l’infinitif négatif, et des classes 3 et 4 quand ils sont les participes.

  1. eto [ètô] inf (15) “aller”
  2. ato [àtô] inf (1a) “ne pas aller”
  3. ndiʼa [ndíʼá] n (3) “un brûlé”
  4. mɨndiʼa [mɨ̀ndíʼá] n (4) “des brûlés”

Voici les genres qu’on a trouvés :

1/2 frequent mʉr/bʉr “personne(s)”
1/6 rare pa/mopa “machette(s)”
zi/mozi “chemin(s)”
1a/2a-1a frequent anya-ebum/baanya-ebum “femme enceinte; femmes enceintes”
3/4 frequent mir/mɨmir “remède(s)”
3/6 rare kʉ/mokʉ “pied(s)”
4/2-4 rare mɨnkɨŋ/boomɨnkɨŋ “casserole(s) en fer à trois pieds”
5/6 frequent ebeŋe/mobeŋe “cloche(s)”
6/2-6 rare modila/boomodila “héritier(s)” 
6/6-6 rare mulo/momulo “huile(s)”
7/2 rare da/oda  “grand-père(s)”
7/8 frequent lɨ/bɨlɨ “arbre(s)”
7/6-10 rare diʼ/montiʼ“forêt(s)”
7/6 rare dʉ̀/modʉ̀ “cuisse(s)”
7/10 rare bumo/mpumo “fruit(s)”
11/6 frequent odumo/modumo “bout(s)”

Il y a des cas où les noms sont redoutés d’être en plusieurs classes. Tel est le cas des noms au singulier qui commencent avec les mêmes lettres. N’ayant pas de préfixe claire, on peut se poser la question sur son appartenance à une classe. Dans ce cas, il faut consulter les mots qui sont gouvernés par le nom en question, car ils seront de la même classe.

Regardons les mots dʉ « nez » et dʉ̀ « cuisse ». Il ne suffit pas de trouver la classe des deux noms au pluriel, parce qu’ils sont tous les deux en classe 6 au pluriel: mʉ « nez (pl.) » et mèdʉ̀ « cuisses ». Pour déterminer les classes des deux mots au singulier, il suffit de consulter un locuteur de la langue en disant : « Comment dit-on “mon nez” et “ma cuisse” ? » Dans ce cas, on trouve la réponse suivante :

  1. dʉ lam [dʉ̂ lâm] « mon nez »
  2. dʉ̀ yam [dʉ̀ yâm] « ma cuisse »

Le fait que le mot « à moi » commence par l- indique qu’il est en classe 5 ainsi que le nom qui le gouverne. De même, le fait que le mot « à moi » commence par y- indique qu’il est en classe 7 ainsi que le nom qui le gouverne. On déduit donc que la classe de dʉ « nez » est 5 et que celle de dʉ̀ « cuisse » est 7. De cette observation découle la notation des deux mots dans le lexique badwe’e:

  1. dʉ [dʉ̂] n (5/6) nez
  2. dʉ̀ [dʉ̀] n (7/6) cuisse

Voici les pronoms personnels singuliers gouvernés par toutes les classes:

1sg « à moi » 2sg « à toi » 3sg « à elle/lui »
1/1a/10 wam [wǎm] go [gǒ] we [wé]
2/2a bam [bâm] bo [bô] be [bé]
3/11 wam [wâm] go [gô] we [wé]
4 myam [myâm] myo [myô] mye [myé]
5 lam [lâm] lo [lô] le [lé]
6 mam [mâm] mo [mô] me [mé]
7 yam [yâm] yo [yô] ye [yé]
8 byam [byâm] byo [byô] bye [byé]

Voici les pronoms personnels pluriels gouvernés par toutes les classes:

1pl inclusif « à nous » 1pl exclusif « à nous » 2pl « à vous » 3pl « à eux »
1/1a/10 ga wɨna [gá wɨ́ná] wɨh [wɨ́h] wɨn [wɨ́n] wɔɔ [wɔ́ɔ́]
2/2a ga bɨna [gá bɨ́ná] bɨh [bɨ́h] bɨn [bɨ́n] bɔɔ [bɔ́ɔ́]
3/11 ga wɨna [gá wɨ́ná] wɨh [wɨ́h] wɨn [wɨ́n] wɔɔ [wɔ́ɔ́]
4 ga mina [gá míná] mih [míh] min [mín] myɔɔ [myɔ́ɔ́]
5 ga lɨna [gá lɨ́ná] lɨh [lɨ́h] lɨn [lɨ́n] lɔɔ [lɔ́ɔ́]
6 ga mɨna [gá mɨ́ná] mɨh [mɨ́h] mɨn [mɨ́n] mɔɔ [mɔ́ɔ́]
7 ga yɨna [gá yɨ́ná] yɨh [yɨ́h] yɨn [yɨ́n] yɔɔ [yɔ́ɔ́]
8 ga bina [gá bíná] bih [bíh] bin [bín] byɔɔ [byɔ́ɔ́]

Extensions verbales

verbal extensions